V pour Vendetta

par | Juil 31, 2019 | Critiques, Livres/BD/Nouvelles Graphiques | 0 commentaires

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Avant les gilets jaunes. Avant les abrutis mythomanes qui font de la propagande d’extrême droite sur youtube. Avant les pseudo-hackers d’anonymous, avant le film de la Time Warner, avant les émeutes de Seattle un homme portait déjà un masque de Guy Fawkes.

Aujourd’hui ce masque est omniprésent, et utilisé pour dire tout -et surtout n’importe quoi- et son contraire sous l’étiquette vague et commode de rebelle. Comment une pure créature du règne despotique de Margareth Thatcher est-elle devenue ce symbole de subversion?

A la base il y a Warrior. Mais c’était peu vendeur. Ca sera V donc, comme Vendetta. Une bande dessinée (ou nouvelle graphique pour ne pas être péjoratif) scénarisée par l’illustre Alan Moore et publié initialement de 1982 à 1987. A l’origine création en noir et blanc, l’œuvre a été (mal, désolé Steve Whitaker) colorisée pour ses rééditions.  C’est l’une d’elle, une anthologie en Français éditée par Delcourt que j’ai eu la chance d’avoir sous la patte pour cette critique. Graphiquement les dessins sont sympathiques, tout en clairs obscur. Pas de doubles-planches mais des cases bien ordonnées, riches en texte. C’est du côté de la couleur délavée (rose moches virant vers le bistre) et sans nuance que je réserve ma critique.

Comme pour bien des œuvres déjà anciennes (Brazil, Alphaville, Farhenheit 451), le futurisme proche de l’album est désormais une dystopie, dans une réalité alternative (les événements couvrent la fin des années 80 aux années 90). Suite à une guerre nucléaire globale qui a épargné la Grande Bretagne, un ordre néo-fasciste a émergé du chaos en appliquant un projet génocidaire global à l’image du parti nazi.

V donc. De lui on ne saura pas grand-chose, schizophrène protecteur des arts, ex-martyr devenu bourreau, il terrorise un régime fasciste découpés en organes (l’œil, la main, le nez) qui sont autant d’administrations corrompues. Il est bien plus terroriste que combattant de la liberté. Plus cynique qu’idéaliste aussi. Et c’est ce qui lui donne sa sincérité. V n’espère pas tant changer le monde qu’émanciper les hommes en les jetant dans le grand bain de l’autodétermination libertaire. Et tant pis pour ceux qui ne savent pas nager.

Cette ambiguïté morale est malheureusement contrebalancée par une vision assez naïve du pouvoir et de la politique. La grille de lecture du monde « extrême-droite/anarchie » et la critique de la toute puissante administration (avec son ordinateur despotique) semble avoir complétement loupé le coche des nouvelles formes d’aliénation nées en cette fin de siècles.

C’est donc un pouvoir autoritaire particulièrement ringard, très «rouge-brun» que V le hacker-militant (même si là pour le coup, la BD était en avance pour son temps) fera tomber. Ce qui s’appelle en rhétorique un homme de paille, un ennemi caricatural qui ne rend pas les coups qu’on lui porte.

Rien que pour cet aspect, la bande dessinée mérite une sérieuse mise à jour. Et l’on se prend à rêver d’un V 2.0 attaquant à la gorge la ploutocratie, la passivité consentie post-moderne, l’écocide global, les GAFAS et Monsanto.

Même si pour le coup l’œuvre serait plus proche du documentaire que de la fiction…

Ça te plaira si :  L’anarchie t’intéresse comme champ d’étude intellectuel. Tu aimes la rébellion 80’s so british genre « London Calling » et les citations verbeuses.  

Ca te plaira pas si : T’es encarté à un parti politique. Tu es un anar « beauf », genre idiot utile. Tu es daltonien (cette douleur dégelasse).