Chongqing-Panzhihua en train, 21 heures… 

Le wagon est bondé comme une boite de conserve botoxée. 

Le nouvel an chinois approche dangereusement. Un milliard de citoyens de l’empire du milieu vont passer les vacances au village et ça laisse des traces, forcement. Je reste une bonne heure debout dans l’allée centrale du wagon avant de m’acroupissoir (mélange d’accroupir et d’asseoir)) sur mon sac. Puis, des passagers descendent et nous laissent leurs places.

Les 17 heures (sic) restantes nous les passons à boire de la Moskovoskaya, à discuter, à reboire en jouant à « je n’ai jamais ». Drôle de jeu…

Mes compagnons de voyage A et C nous font la visite guidée pendant que je suis allé purger le champ de bieres sur la table.  

On somnole, mais impossible de dormir à cause du bruit et des contrôleurs qui vous réveillent en faisant mine de passer le balais juste sous vos jambes.

Panzhihua-Lijiang en bus, 6 heures

Fumées toxiques, ciel crépusculaire couleur charbon et microparticules dangereuses.

 Panzhihua est une ville moche au bord du confluent du Yanthzee. Le charme discret d’une petite ville de province chinoise : sa centrale nucléaire, son industrie chimique, ses mines. Mais pas le temps de faire du tourisme Tchernobylesque. On ressaute dans un taxi, puis dans le bus pour Lijiang. Les plateaux de végétation évoluent avec l’altitude en déclinant des paysages comme volés à d’autres pays : pour commencer la Martinique ou l’Amérique latine, puis la Pampa Mexicaine avec cactus et enfin le sud de la France et ses forêts à la terre rouge bauxite. Six heures de virages, de détours et de corniches abruptes, et je n’ai toujours pas dormi.

Lijiang-Shangri-la en bus, 4 heures

Lijiang, croisement d’Amsterdam, de main street à Disneyland et du quartier latin à Paris. Joli, bruyant et flashy…

Les mêmes boutiques vendent les mêmes merdes. Malgré la beauté  du lieu, j’ai trouvé ça tristement touristique. Dormi –enfin !- dans une très jolie auberge. Sauté à l’aube dans le bus pour Shangri-la.

Shangri-la-Deqin en moustafette 7 heures

Nous sommes à 3,2 km d’altitude et j’en ai des vertiges légers mais réels. L’air est limpide, et les montagnes nous cernent. Les passants dans les rues longilignes et récentes sont souvent des naxis, une peuplade indo tibétaine qui n’a rien de Chinoise. Une culture fortement matriarcale et montagnarde, très pieuse. Ces gens sont très beaux et souriants, quoiqu’un peu crasseux et avec des odeurs fortes et une dentition douteuse. Ils parlent doucement, presque par murmure. Après le vacarme factice de Lijiang, je me sens reposé dans cette ville où les vaches et les cochons se promènent dans les rues, où il gèle la nuit  tandis que le feu du zénith vous assèche.

À la gare routière, notre contact nous accueille. C’est un moine bouddhiste de 29 ans habillé streetware (survêt de rappeur et nike) au-dessus de sa robe venu avec un ami défroqué et guide. En route pour une source d’eau chaude des environs située dans une vallée profonde. La nuit est tombée tôt et la température frise avec les moins 10. L’eau verte au parfum de souffre qui s’écoule dans un grand bassin est canalisée dans un tronc évidé. Elle s’évapore en volutes chaudes qui se condensent dans l’air sec et froid. Des touristes chinois portent des brassards car ils ne savent pas nager même si ils ont pied.

Au retour vers Shangri-la, impossible d’allumer les feux de la camionnette. Le trajet se fera donc à la seule lueur des feux-de-position, en haute montagne au milieu des plaques de verglas tandis que le moine essaye en vain d’éclairer la route avec son portable.

Les brochettes de mouton au piment rouge crépitent sur le grill et nous nous réchauffons sur des braseros à charbon de bois dans une yourte. Notre hôtel loue des chambres à l’heure. Rapport au commerce particulier en dessous. Sans chauffage autre que des couvertures électriques. Les nuits sont confortables mais les douches et les réveils terribles.

Le lendemain, avalons un petit déjeuner copieux de montagnard, louons des vêtements de haute montagne. Puis nous montons dans une camionnette délabrée que nous avons louée à la journée avec son chauffeur. Un lac gelé en bordure de la ville. Les grues volent en patrouille au-dessus de ce miroir brisé dans le froid grisant. Les 4 heures de trajet suivant seront une succession de spectacles magnifiques : canyons et rivières. A 4200 mètres d’altitude un col balayé par les vents. L’oratoire recouvert de banderoles multicolores reprenant des passages du livre des morts marque ce point culminant. Quelques pas et des taches noires dansent devant mes yeux. En redescendant, le paysage semble plus pelée et stérile que jamais. Un hameau balayé par la poussière. Une rue avec des hôtels pour touristes chinois et des restaurants, tous fermés.

 A l’aube, la vallée se réveille. Devant l’auberge, les locaux implorent les faveurs de la montagne au milieu des fumées d’encens.

(à suivre…)