Miracle Mile (1988)

par | Avr 1, 2019 | Cinéma/TV, Critiques | 0 commentaires

(Vous pouvez trouver le film -sous le titre immonde d’appel d’urgence- ici ou en cliquant la vignette en fin d’article)

 – Oubliez ce que vous avez entendu et retournez vous coucher. La fin du monde n’aura pas lieu.

Le film avait pourtant bien commencé, sous des airs quasi-niais de comédie légère. Mais Harry n’a vraiment pas de chance. Une panne d’oreiller lui a fait manquer un rendez-vous avec la femme de sa vie. Et, en décrochant un combiné de cabine téléphonique par malchance le rencard gâché d’un romantique se transforme en fuite éperdue avant l’apocalypse.

Filmer la fin, une brève filmographie

La fin du monde imminente est un thème fécond pour le cinéma. Sous des angles variés : dénis (le très nostalgique Last Night de 1998) du délitement de la réalité (Southland Tales, 2006) de la folie (L’armée des douze singes, L’antre de la Folie, The signal de 2007) ou de la comédie (Dr Folamour). Le cinéaste Richard Kelly en a d’ailleurs fait son thème de travail de prédilection.

C’est dans les situations de crise que les hommes se dévoilent. Steve de Jarnatt fait le pari d’offrir une comédie romantique apocalyptique (!) marquée par l’urgence et la folie dans une progression hystérique. Mais pas seulement. Avec des incursions surréalistes (magnifique travelling dans un caddy du chevalier sauvant sa princesse sous valium) l’œuvre s’offre le luxe de la métaphore et de la critique sociale.

Servi par une photographie impeccable le film fait du Los Angeles borgne et de sa faune un personnage en lui-même, tourmenté et attachant. Miracle Mile est un film humaniste : ses antihéros désespérés ne se distinguent qu’à travers leur amour mort-né. L’identification du spectateur avec cet autre banalement humain est donc immédiate.

 Et vous? Traverseriez-vous une émeute pour un dernier baiser ?

Ce refus des figures imposées du genre, ce mélange de deux styles que tout oppose explique la longue gestation du script (huit ans !) qui a traîné toutes les années 80 une réputation de chef d’œuvre absolument inadaptable. Ca commence comme Pretty Woman et ca termine comme Apocalypse Now

Malgré quelques kitscheries (les costumes et le jeu emphatiques sont là pour nous rappeler que les années 80 s‘achèvent à peine) le temps a été aussi bon avec l’œuvre qu’avec les héros du film, puisqu’il s’agit là d’un véritable petit diamant, et d’une œuvre-culte.

Ça te plaira si : Tu es un papillon de nuit attiré par les néons et la beauté clinquante, mais triste du LA by Night. Toi aussi tu traverserai la ville par amour pour elle/lui.

Ça te plaira pas si : Tu veux cuver ton mauvais blanc et ta Agen Dasz de soirée fille avec une vraie comédie romantique avec Hugh Grant qui termine bien. Tu veux roter ta Heineken et tes chips Barbecue devant Bruce Willis qui sauve le monde en faisant de l’humour de droite.