L’allumage craquette, toussote en quinte comme ces pétards en chaîne que nous faisions exploser enfant. Avec une lenteur exaspérante, Oui-Oui la voiture jaune se réveille dans toute la rouspétance courroucée de ses 120 chevaux fatigués.

Dans le poste, « Let the Wheels turn slowly » des Taxpayers clenche aussi quand l’antenne de Corydon Avenue se syntonise avec mon petit émetteur stéréo branché sur l’allume-cigare.

Le douanier américain me croyait clandestin alors que j’arrive du nord du mur, si loin de son Homeland.

J’ai oublié de rendre le petit papier l’an dernier.

Il ne fouille pas ma voiture. J’avais pour lui un billet doux avec écrit « je vous avais dit que c’était une perte de temps Monsieur l’agent » sous la roue de secours. C’est important, les petites attentions.

Fargo et son motel en bord de route. Puis la rectitude de la route, ne pas s’endormir. Les lacs gelés disséminés dans la lande reflètent le ciel bleu.

Minneapolis écrasée de soleil, et vide, comme tous les centres-villes du continent dès que les bureaux ferment. Pour fêter ma fin de période d’essais — et fin de poste tout court — j’ai décidé de me faire un petit plaisir.

Le Forsay, mon hôtel, ressemble à une antre de Magicien dans un module DnD , ou à une tour de jeux d’échecs stylisée. On imagine King Kong au sommet.

À l’intérieur, le velours pourpre crisse sous mes sneakers, tout est violet.

Comme si j’étais une abeille dans un champ de Coquelicot. Ultra-violet. C’est trop violet alors je vais me perdre dans la ville.

Minneapolis « The Twin City » me tend les bras. La ville est jumelle car Minneapolis c’est aussi Saint Paul de l’autre coté du fleuve.

Il y a là un Mississippi qui semble incongru, des friches industrielles, des coffee-shops. Le tout saupoudré de misère urbaine.

Purple rain

J’ai vu ce symbole quelque part, un genre d’Ankh, la croix de vie égyptienne. La  « vraie » croix, avant celle stylisée des chrétiens. Mais où ? Je suis sorti sous ma propre contrainte pour m’efforcer de faire un truc un peu jazzy samedi. J’ai marché au hasard, payé machinalement un droit d’entrée trop cher. Et là, dans le bar les gens se regardent en coin, et moi je regarde le cou de la fille. En me disant que ce talisman, je l’ai vu ailleurs. Et pas que sur 2-3 autres tee-shirts dans la place.

Ça fait un peu secte. Pas mal de sapeurs afro-américains en costard impeccable, et de vieux blancs gays. Mais qu’est-ce qui peut bien réunir ces gens ?

  • Mec, ça fait un an que Prince est mort aujourd’hui m’explique le Londonien remonté sur ressorts. C’est l’after-party .

Et c’était bien. La preuve.

Mall of America

Le surlendemain, il faut que j’aille voir le cholestérol qui bouche le cœur de l’Amérique. Le Ground Zero, l’alpha et l’oméga : le fatberg du fatland.

Pas question de quitter Minneapolis sans voir ça.  Les gens viennent de très loin contempler le Mall of America, c’est le deuxième plus gros centre commercial du pays.

J’ai lu quelque part que comme les Cathédrales bâties sur des lieux des cultes païens, les centres commerciaux du Nouveau Monde profanent des sites aborigènes sacrés. Pas intentionnellement, ça serait la terre qui attirerait les hommes et les pousse à s’y rassembler, par un instinct subconscient.

Le nexus est un carnaval dément de manèges autour duquel se répartissent en étoile sur 4 étages les allées. La migraine typique des supermarchés me frappe entre les deux yeux immédiatement.

Le Mall of America a connu son lot de fusillade, et en 2015 (et en 2018) deux attaques terroriste revendiquées par une branche de Daesh. Il dispose de sa propre police privée formée en Israël au contre-terrorisme. Celle-ci est régulièrement critiquée pour ses abus de pouvoir. Un tel symbole attire aussi des activistes tels que Black Lives Matters (droits civiques face à la Police) Idle No more (droits civiques des autochtones), des groupes religieux et toutes sortes de délinquants et de gangs. Puisqu’on vous dit que c’est le pinacle du rêve américain. J’ai réussi à tenir une grosse heure avant d’avoir trop le mal de mer…