Et de trois ans sans boire!

par Jan 18, 2020Errances2 commentaires

Cela fait aujourd’hui 3 ans que j’ai arrêté de consommer de l’alcool. C’est presque un renoncement culturel. Les Français ont toute une tradition de l’alcool. Surtout le vin. Il est festif, presque sensuel.

Le grand-père savait recevoir. Je me rappelle à 7 ans le bordeaux 1921.

« Tu n’en boiras plus jamais alors exceptionnellement tu vas avoir un demi-verre ».

Ma mère avait levé un tabou et autorisé à consommer mon premier psychotrope. Plonger mes lèvres dans le liquide si amer c’était me connecter à la terre, à une culture.  Ma communion, ma Bar Mitzvah. Une initiation. Comme un Vampire, j’absorbais le sang de la France, mais aussi une saga familiale. Je devenais dans mon imagination, un adulte.

Mais pourquoi toutes ces pubs sexistes Fennec?

C’était pas facile d’illustrer ce billet, alors j’ai pensé que si on utilisait les vieux trucs graisseux du temps jadis pour vendre de la cirrhose, on pouvait bien s’en servir pour parler de sobriété non?

Non? C’est pas grave, c’est mon blog. Ceci n’est pas une démocratie.

Publicité sexiste pour de la bière

« Soudain, elle n’a jamais eu l’air aussi mignonne »

Des tendres souvenirs traînés par 30 ans de consommation solide. Ma première fois et les trois verres pour le trac du puceau. Mes nuits pendables. Mes meilleurs sketchs pour un fan-club de lampadaires. Les godets pékinois de Baijiu qui sentent la térébenthine. Les bouchons de vo-vo/boum boum de sound system. La part des anges par terre pour ceux qui partent et le tchin-tchin pour ceux qui viennent. Sans être un fanatique, j’étais un pratiquant.

Sans soutiff dans un bar à coté d’un mec qui ressemble à Ted Bundy. L’alcool c’est que du bohneur.

J’étais un picole-trotteur qui tizze à la rage, avec une bouteille dans chaque port d’attache.

Ça, c’est pour le folklore du poison qui nous rend fort. La « pollution magique » des Gaulois, et toute la mythologie patiemment tissée par des siècles de bourrage de crâne. Nous finissons par croire que nous sommes ce que nous buvons. Prophétie réalisatrice.

Personne n’aime penser aux matins misérables au bord de la rupture d’anévrisme. Aux coups flasques dont on a honte. Ni aux engueulades les lendemains de SMS absurdes. La sensation éthérée d’avoir eu raison d’être un connard. Personne n’aime penser en terme de mortalité, de problématiques psychiatriques, de violences physiques, routiéres et sexuelles.

On boit justement pour ne pas penser à ça et on ne pense pas à ça pour continuer à boire. On préfére se dire qu’on va se marrer un bon coup et pécho à mort en buvant de la COLT 45, l’équivalent de la 8.6 avec un nom gros calibre qui fait pas du tout freudien

L’alcool nous libère de la contrainte rationnelle d’être une créature sensible d’intellect. Il rend intolérable nos paradoxes, nos rancœurs et désirs cachés. Il ne nous montre pas tels que nous sommes, mais tel que nous imaginons être. Et ce qui me manque le plus au bout de 3 ans, c’est l’excuse.

Désolé j’étais bourré

Fennec in "Les meilleures excuses pourries pour les nuls"

Ils demandent toujours le « pourquoi », mais jamais la conséquence.

Les femmes surtout. Elles veulent savoir pourquoi. Les femmes aiment comprendre. Et c’est pour ça que je les aime tant. On imagine toujours une histoire derrière. Suis-je un converti à l’Islam ? Un ancien taulard ? Un alcoolique ? Un tabasseur de conjointe ? Est-ce que j’ai écrasé des gosses à la sortie d’une école ? Est-ce qu’un accident de la vie m’a poussé tout au fond d’une bouteille ?

Même pas.

Les hommes surtout. Ils veulent parler. Les hommes aiment se justifier. Ils me parlent de leur consommation. Ils rationalisent, confessent. Ils attendant sans doute une absolution, une validation. Je ne suis pas curé.

Mais comme les analystes barbus de comédie New Yorkaise, j’empoigne ma pipe imaginaire et je lance:

Mais qui essayez vous donc de convaincre mon cher? Vous ou moi?

Professeur Aaron Ethel Fennekovitch

Diplomé en addictologie du Dr Apfelgluck institute of Manhattan

Et si c’est bien fait, j’ai l’air d’une infinie profondeur alors que je crois bien que j’ai piqué ça dans un épisode des Sopranos.

Un dernier chapitre pour la route

Les bons comptes font des soldes-amis. J’ai économisé des milliers d’euros. Pas plus riche. Juste moins dans la merde. Je mange mieux. J’ai changé. Subtilement, en profondeur. Fondamentalement. Je découvre chaque jour ce changement. Plus mature ? Peut-être. Plus courageux ? Certainement. Plus constant. Plus à l’écoute. Mais plus slectif dans ceux que j’écoute. Je coupe moins la parole.

« Vous ne savez jamais ce qui vous attends au coin de la rue. Un grand brun ténébreux (sic) pourrait lui offrir un Dubonnet. Si elle accepte, il ne sera pas un étranger longtemps (sic). Soyez sûr que le Dubonnet qu’elle boit est le votre. « 

J’ai beaucoup de mal à finir ce texte sans en faire une apologie de la sobriété une leçon de morale, un inventaire clinique. J’ai beaucoup de mal à voir où commence la quarantaine et où termine la sobriété. Alors je vais citer un grand auteur. 

C’est ça le problème avec la gnôle […] S’il se passe un truc moche, on boit pour essayer d’oublier, s’il se passe un truc chouette, on boit pour le fêter, et s’il ne se passe rien, on boit pour qu’il se passe quelque chose.

Charles Bukowski

Women (1978)

Il paraît qu’il existe trois esprits :

 L’esprit émotionnel, cet enfant turbulent qui pleure, rigole, désire et craint. Il veut boire pour fêter, baiser, se battre.  

L’esprit conscient qui ne sert qu’à une chose : se poser des questions sur ce qu’il a fait, ce qu’il fera, ce qui arrive.  Lui, il veut boire pour oublier qu’il ne contrôle ni son futur, ni son passé, et à peine son présent.

L’esprit sage, qui est la synthèse fragile de ces deux esprits. Un équilibre délicat entre insouciance et rationalisation. C’est l’esprit des sages, des philosophes, ou peut-être tout simplement des gens simples et heureux.  Lui, il n’attend pas qu’il se passe quelque chose.

Car il se passe toujours quelque chose…

Je refuse de légender cette publicité.