Dune (2021)

par Oct 25, 2021Cinéma/TV0 commentaires

Année 10 191 : la maison Noble des Atreides reçoit de l’empereur Padishah la concession coloniale de Dune, une planète reculée, sans eau et désertique où vivent des Bédouins, les Fremens. Celle-ci est la seule de l’univers à produire l’épice, une substance mystérieuse dont dépend l’empire pour son existence même. Mais les ennemis des Atreides comme l’infâme maison Harkonnen intriguent dans l’ombre. Paul, le jeune prince héritier des Atreides, survivra-t-il à leur machination, et réalisera-t-il son destin messianique ?

Dune de Frank Herbert est connu pour avoir cassé les murs de la SF en lui apportant la richesse narrative et la profondeur du multiculturalisme. Auparavant, les hommes de l’espace ressemblaient tous à des soldats d’Eisenhower ou s ’appellaient “camarades” en bons soviets. 

Dans Dune, l’humanité a échappé de justesse à l’extinction grâce à un Djihad/Croisade qui a prohibé l’existence de machines qui pensent comme l’homme et décidé d’agir sur sa propre destiné en créant des humains-ordinateurs et une caste de sorcières eugénistes, le Benne Geserit.

Adapter un livre populaire c’est pour le lecteur/spectateur la collision parfois cataclysmique de deux univers : celui du lecteur sans limites de budget ni contraintes, et celui plus réaliste du réalisateur soumis à un devoir de rentabilité, de lisibilité et de consensus. Les fans de science-fiction (et d’Heroic Fantasy) sont un des publics de lecteurs les plus difficiles à satisfaire. La démesure du genre, l’échelle littéralement cosmique, les thèmes controversés et les arcs narratifs développés sur 50 ou 100 heures peinent à rentrer dans un format “Hollywood-Friendly”.

Denis Villeneuve n’a jamais caché qu’il avait adapté “son” Dune, la vision adolescente qu’il avait eu de l’univers de Frank Herbert.

Et pour obtenir cette relative liberté créative, il a dû composer avec (musique inquiétante) ….

LES GROS DOIGTS DÉGUEULASSES D’HOLLYWOOD


Parce que le méta-univers époustouflant, l’hommage à la beauté brute de la culture musulmane et la réflexion sur l’économie des ressources et le péril existentiel de l’automation, Hollywood s’en fout.

Ce qui intéresse les producteurs chinois de Dune c’est une bonne grosse vache à lait à traire biannuellement comme l’immonde saga des Avengers, Star Wars et toutes ces saloperies vomies à longueur d’année dans mes recommandations Netflix. Par miracle Villeneuve avait réussi à éloigner ces vautours-producteurs dans Blade Runner 2049 (un chef d’oeuvre), mais ils sont présents dans Dune. 

Alors par facilité interessée, le film nous colle une réflexion écologique bien pourrie pour faire tendance et deux personnages “quotas social” bien inutiles.

« Oulala, quel dommage qu’on fasse pas un écocide pour amener l’eau dans cet écosystème unique au monde en le détruisant, le capitalisme c’est vraiment caca » 

Le personnage "écologiste" de Sharon Duncan-Brewster (qui mérite mieux que des dialogues Twitter)

N’oublions pas aussi de dire que dans le futur on parle Mandarin, pour s’ouvrir les portes du marché Chinois, très porté sur la censure. Et tant qu’à faire, rajoutons des scènes de combat pour bien montrer les gros biscotos virils de Jason Momoa alias Aquaman, l’homme-Thon.

Et de la figure imposée au cliché ridicule il n’y a qu’un pas:  la charge des Atreides dans le spatioport avec un plan absolument dégelasse “Braveheart” a fait rire la moitié de la salle.  

Oui, ce plan-là, on dirait une bande de racailles qui va tabasser la cité d’à côté sur le parking de Lidl. Tu la sens la civilisation spatiale multimillénaire ? Moi pas… Ca ressemble à une troisième mi temps Manchester-PSG.

 

Non content d’être tarte, ces concessions à Hollywood sont aussi ratées dans leur mise en scène.

Ou plutot (et c’est ma théorie du complot du jour) ces scènes sont sabotées, car même le plus minable des films de superhéros, le pire des clips de PNL propose en 2021 des chorégraphies impeccables.

Mais heureusement il y a…

Une direction artistique EPOUSTOUFLANTE

 Villeneuve est un esthète. Sans coïncider avec ma vision (j’avais imaginé Dune beaucoup plus “Mauresque”) son univers épuré noie les personnages dans des décors qui les écrasent sous leurs millénaires d’histoire du futur. À la fois tombeaux égyptiens et décors babyloniens, les décors du Québécois Patrice Vermette renouent avec son univers sobre gris/noir. L’ingénieurie son exploite encore les effets de bourdonnement inquiétants de Sicario qui ont fait trembler mon fauteuil D-BOX.

Et si les scènes d’action et de combat sont mauvaises, les plans fixes, les panoramiques et la lenteur calculée de Villeneuve ancrent son récit dans une mythologie shakespearienne universelle à la star wars (les vieux, pas les saloperies Disney) ou dans le seigneur des anneaux (les vieux pas les saloperies Hobbit).

Le contraste entre l’action et le récit est tel dans Dune, qu’on a envie de se caler devant un banc de montage pour exorciser Hollywood du film. Ou de manière plus réaliste, d’attendre le Director’s Cut.

Si l’on oublie quelques piètres prestations le choix des acteurs fait mouche. J’avais des doutes sur Chalamet mais il se débrouille à merveille dans son rôle de messie (le destin de Paul Atreide présente des similitude troublante avec l’ascension du prophète des musulmans) du futur devenu un homme dans la douleur et le deuil.

J’ai été bluffé par la performance de madone de Rebecca Ferguson, qui lui vaudra sans doute un prix à mon avis, ainsi que celle de Javier Bardem, comme toujours excellent et un peu flippant.

Oui, Dune est un bon film. Mais on devine déjà à la manœuvre les forces de l’argent qui vont tirer la franchise vers le bas, et probablement dès le deuxième épisode (cf Star Wars et Le seigneur des Anneux).

La fraiche, le pognon, l’épice… Comme toujours. C’est ce qui a tué  le Dune de 1986 de Lynch, pour le résultat que l’on connait (oui, je fais partie des gens qui pensent qu’avec un bon budget Dune de Lynch aurait été un chef d’oeuvre).

Pour avoir réussi un numéro d’équilibriste rare entre satisfaction des financiers et créativité, reconnaissons les talents de diplomate de Denis Villeneuve.

Ça te plaira si :

–        Tu as la flemme de lire le Roman, car l’adaptation est fidèle  

–        Tu veux un univers crédible qui a l’air de “déborder” de l’écran

–        Tu réussis à ne pas voir les cases du bingo “Hollywood” être cochées une à une.

Ça te plaira pas si :

–        Tu as des attentes “blockbuster” 

–        Tu aimes les scènes d’action bien réalisées