Le clochard-poète d’Alphabet-City

par | Jan 3, 2019 | Ameriques, New York | 0 commentaires

J’ai encore marché des heures. Longé la côte Est de la ville en scrutant Jersey City. Traversé des marinas aux effluves de gasoil sous le regard sévère des vigiles.

Puis, la « high line », un projet de rénovation urbaine sur une ancienne voie de métro. L’ex-maire Guliani voulait la détruire, mais deux citoyens ont réussi à force d’acharnement, à sauver la ligne suspendue. La voilà devenue promenade fleurie et artistique. Comme la coulée verte parisienne, la high line a aussi un rôle écologique de fixateur d’azote, sorte de climatisation bio à l’échelle de la ville. L’été, il fait bon s’y promener pour profiter des nombreux spectacles et installations artistiques. Comme «Skittles » de l’artiste Josh Kline, qui proposer des fausses boissons à bases d’ingrédients improbables. J’ai pris l’initiative de nommer ici ces cocktails post-modernes et de traduire leurs compositions.

Le grand blanc

Plastique-Bouteille d’eau-Sac plastique-Coques d’Iphones-Cellophane-Lubrifiant intime-Eau de source-Plante en plastique

 

Le « fin de mois »

Salaire minimum –Monsieur Propre – Virement – Gants médicaux – Frites – Papier toilette – Gant en latex – Carte téléphonique prepayée

L'Alpha-narchiste

 

Anarchie-Vodka infusée-Gel douche Axe-Poudre de proteines-Red Bull-Autobronzant-Banane-DHEA

 

L’arrêt de travail

Arrêt maladie-Actifed-Redbull-Ritaline-Claritine-Aspirine-Advil-Naproxène

Le « produit dérivé »

Service bouteille- Wall Street Journal- Lave vitre -Champagne –Devises –Vodka –Caviar de Saumon –Sel de mer

Le « meilleur des mondes»

Maintien de l’ordre – Caméra de sécurité – Microphone – Sang de porc –Gaz Lacrymo – ruban adhésif – Saleté

Le « village global»

Big data – Google Glass – Sous-vêtements – Facture de télécommunications – Bactéries – Huile de poisson aux Omégas 3 – Solution hydro-alcoolique- Porno

Le « gentillfrié »

Tourisme – Starbucks – Lunettes de soleil – Passe métro – Savon d’hôtel – Cupcake – Cheesecake – Croissant-beignet

Le « mal de vivre »

Condo – Eau de noix de coco- Câble HDMI – Lait en poudre – Curcuma- Matelas de Yoga – Verre

Le « vieux beau »

Suppléments alimentaires – Barres protéinées – Bleuets – Blanchisseur de dents – Produits contre la perte de cheveux – Viagra

Le « coach de vie »

Clear – Solution hydro-alcoolique – Vodka – Citron – Herbalife – Dianètique – Antibiotique cutané –Sucre

Puis c’est déjà Tribeca. A la sortie de Lafayette Station, un SDF afro-américain a posé son échoppe qui clame « poèmes à la demande ».

Je fouille dans ma poche pour lui tendre un Washington plié. Il m’explique qu’il était un grand poète. Avant. On devine avant quoi. à ses yeux entrouverts, à son visage en l’air.

Comme si il bronzait à la lumière des lampadaires.

Il farfouille et me sort un press-book photocopié qu’il serre entre ses ongles sales. Un article du New York Times sur un poète, cet autre lui. Avant. La publication, le gout bref de la réussite. Des fêtes du tonnerre:

– Avec des mannequins, et ce Français que tu connais peut-être, Jean-Michel Jarre ? Pour un petit gars comme moi d’Alphabet City sur Est-Hudson c’était la belle-vie.

Anonyme

Poète dans une mauvaise passe

Alphabet city. Des avenues nommées par des lettres à quelques blocs. Les new-yorkais avaient un proverbe sur les projects dans les années 90 : Avenue A tout va bien (its Allright), avenue B faut être Brave,  avenue C faut être fou (Crazy), avenue D t’es mort (Dead).