Autremonde (Tad Williams)

par Jan 12, 2021Critiques, Livres/BD/Nouvelles Graphiques

Salut à toi jeune entrepreneur! Le président t’as enfermé dans ta chambre parce que tu n’a pas été trés sage? Les filles refusent de t’embrasser et disent qu’elles veulent pas mourir? La Police te harcelle dés que tu mets le pied dehors? Tu as tellement raclé les bas fonds de Netflix que tu ne sais plus quoi regarder? Je comprend, ca a vraiment été une année de merde pour tout le monde, mais j’ai peut être la solution pour toi! Et pose ce flacon de chloroquine avant de finir aux urgences.

Je viens de terminer la saga Autremonde de Tad Williams (à ne pas confonde avec «Autre-monde» de Maxim Chattam qui est passé par la fenêtre au bout de 30 pages). Et ce roman-fleuve (8 gros tomes bien épais écrits pas gros) traduit sur 10 ans en Français (grrr) m’aura quand même pris une dizaine de mois à lire.

Comment résumer LE roman de mon année-COVID (bo.del, cette phrase est sordide)?

Dans un futur trouble et compliqué, une universitaire sud-africaine accompagnée de son élève Saan (un autochtone) du Kalahari enquête sur un mystérieux réseau informatique qui semble happer ses usagers et les laisser dans un coma profond. Pénétrant dans la matrice, elle entame un voyage dans une succession mortelle de monde-gigognes virtuels. D’autres arcs narratifs et personnages croiseront sa route : Un soldat prisonniers des obus allemands à Verdun, une pirate informatique Française, deux flics australiens, un tueur en série, une femme ailée ainsi qu’une conjuration de milliardaires à la tête d’une cabale technologique et géopolitique. Sans compter une petite fille très courageuse, un enfant des rues mexicain, un vieillard étrange mangeur de savon, une présentatrice d’émission pour enfants schizophrène, une intelligence artificielle insolente et un adolescent atteint de la progéria.

Voilà, j’en ai presque déjà trop dit. La science-fiction s’articule entre plusieurs axes dont l’un est la vraisemblance scientifique, et Autremonde a choisit d’être très abordable aux non-technophiles, presque rétrofuturiste. Tellement que le livre a des airs d’heroic fantasy à partir du troisième tome. D’ailleurs si HBO me lit, ca ferait une excellente franchise télé à gros budget façon Game of Throne (que Tad aurait inspiré parait-il?), si vous rachetez les droits à Warner Bros qui s’est endormis dessus. Pas de jargon technique, mais un récit intro-extrospectif qui se focalise avec brio sur des personnages très divers et sur leurs états d’âme.

Dans Autremonde le voyage est similaire à une arcane du Yi King, il est autant externe qu’interne et on est vite pris de compassion pour ces pauvres acteurs involontaires d’évènements qui les dépassent et qui comme nous, essaient de comprendre, doutent, s’interrogent.

De ce futur cyberpunk et cradingue, nous n’entrevoyons que ce que des débuts de chapitres consacrés à des flashs d’informations, extrait d’interview et annonce de casting nous laissent deviner. À chacun de remplir les trous. Et c’est tant mieux, car c’est bien deux mondes qui s’entrechoquent qui sont le sujet du livre. Les décrire aurait saturé la mémoire et l’imagination du lecteur.

Véritable creuset culturel à l’image d’un internet physique, l’espace virtuel contient de très nombreuses références aux classiques de la littérature à même de rassasier la soif de méta du geek contemporain : seigneur des anneaux, guerre des mondes, Alice au Pays des merveilles. Mieux, le livre se référence lui-même et pendant que les personnages risquent la mort dans l’Autremonde, les enfants du futur jouent dans un jeu virtuel appelé… Loutre-monde.

Oui, la livre a son lot de longueurs et d’explications capillotractées. Mais jamais celles-ci n’ont eu raison de ma patience (pourtant limité) ni de mon envie de suivre cette belle aventure.

Si vous voulez ne pas trop vous prendre la tête sur ce que vous aurez à lire pendant une bonne année (c’est un véritable problème pour les grands lecteurs : trouver des bons trucs à lire) Autremonde vous fournira des heures d’émotions fortes pour pas cher.

 -L’auteur est parait-il un joyeux drille qui fait beaucoup rire en conférences (Photo tiré du site treacherouspath )-

Apparemment Tad Williams s’est spécialisé dans les pavés cale-meubles et je me tourne désormais vers son œuvre monstrueuse de fantasy «Les royaumes des marches».

Rendez-vous donc dans 6 à 12 mois! Ce qui devrait tomber pile-poil pour la vaccination. Non je plaisante, nos politiques vont faire un excellent boulot je suis sûr.