A night in Brooklyn

par | Jan 11, 2019 | Ameriques, New York | 0 commentaires

Changement de programme : Je n’ai pas été « sélectionné » pour la roof-party[1] select des couch-surfeurs péteux de New York. Pas assez blonde et scandinave sans doute. Néanmoins, cela allait mal avec ma mystique. Pas grave, j’improviserai au hasard de Brooklyn.

Mais d’abord une bière à la superette du coin. Devant le supermarket, L vend des pochoirs bombés sur des plans du métro en papier. Avec ses yeux noirs un peu latins et son béret, il me rappelle immédiatement mon camarade Splif Gâchette.

Il m’invite à une roof party plus confidentielle. Dans un coin plus folklorique. Avec des vrais.

« Si tu vois ce que je veux dire »

 Je ne vois pas ce qu’il veut dire. Mais jsuis bien là, et en meilleure compagnie que seul. Et avec rien de mieux à faire. On squatte le wifi du bar d’en face sur un PC qui crache du rap.

Assis comme des Sphinx, Racaille et Sensei les Pittbulls s’emmerdent un peu.  A côté, des bums de Brooklyn qui tremblent. Ils attendent un truc, en colis Fedex de la cité d’à côté. Racaille jappe.

Et le soir, tard, les renards se ruent sur l’oseille

Arrive le pote de L, V. On était en train de chanter « Bad boys de Marseille » devant les passants interloqués en se sifflant en screud une trappiste californienne dans sa chope en papier brun.

V est chaud, en gobant sa forty[1], il lance :

  • Putain maintenant jveux cracher du free-style. Pose un beat Cousin.

Je m’exécute. Avec ça.

Le mec envoie du bois lyric directement des abysses de Morgan St. Je griffonne un truc à la hâte. Il se prend la langue dans le tapis, trébuche et bégaie. Time out.

J’embraye en seconde.

Le Peura? C’est pour les fin d’mois, qui soignent leurs tracas à la Vodka et à la Cliqua. C’est cette lésion cérébrale fatale qui picote quand tu picole et cette cicatrice faciale quand tu rigoles.

Fennec

"Poète" totalement à la rue qui freestyle saoul

– Pourquoi tu me causes en Anglais? Je suis Francais comme toi mec!

Coté facade…

Et coté cour

Fennec, ton "rap" est horrible, t'as pas des vrais rappeur de Brooklyn pour test?

Oh, ta g, hein… Brooklyn est une des ces places qui pésent sérieusement dans le Hip Hop East Coast (qui rappelons-le, est essentiellement le bon rapcool). Voici une petite liste totalement subjective.

 

EI-P du groupe Run the Jewel

Moss Deff

– Busta Rhymes

Guru de Gang Starr

– Le producteur/rappeur/beatmaker RZA et ses cousins GZA et Old Dirty Bastard le dingue

– Wyclef Jean des Fugees

NAS

Notorious BIG

– Et pour els petits jeunes Joey Bada$$

On se casse, L jongle entre ses deux Pitts, et trimballe sa quincaillerie artsy à travers East-Williamsburg.

Direction le toit du cœur du monde, où des artistes russes et ukrainiens peignent une fresque en contrebas de leur loft immense.

Epilogue

Les Forties¹ s’enchainent . Z et R peignent un Kosmonik (Cosmonaute) géant sur le toit. On y accède avec une échelle de 4 mètres. Le fourgue vient ravitailler furtivement les plus motivés : ceux qui se grattent le nez depuis une demi-heure.

Je fais dans le mysticisme de fin de soirée et je cause avé maria avec V l’Italien-Grec. Le genre catholique comme un personnage d’Abel Ferrara : putes et crucifix, coke et confessions. Les meilleurs. Il est minuit et quatre heures docteur Fennec, et je n’ai pas envie d’aller au lit.

Car demain il y a bus pour Montréal.

¹ « Bière » de rappeur pauvre vendue en bouteille de 40 onces, donc 1 litre 20. La 40’s c’est un peu la 8-6 du Ghetto East Coast pour se torcher vite et budget. C’est une liqueur de malte sans houblon, donc comme de la bière sans aucune sensation d’amertume. Pour être plus prosaïque, c’est dégelasse.